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Cueillette d’automne

Il y a un mois déjà, j’officialisais le lancement de mon site internet avec un billet de blog qui retraçait ma démarche et mes premiers pas vers un numérique responsable. Vous vous en doutez, je n’allais pas m’arrêter en si bon chemin !

L’automne avance déjà bon train. Les châtaignes, les cynorrhodons et autres champignons se font tantôt rares, tantôt généreux. Panier dans une main et regard alerte, je traque patiemment ces trésors de la forêt en pensant déjà au fameux repas qui nous attend.

De cette quête forestière, je garde l’impression d’arriver dans un environnement que finalement je connais peu, cherchant maladroitement, m’engouffrant dans quelques buissons touffus, dont la traversée s’avère parfois ardue, non sans me faire penser à mes investigations sur le numérique responsable. Cette envie de comprendre ce qui dans cet écosystème est « toxique » de ce qui ne l’est pas. Discerner le logiciel comestible – que l’on peut partager avec joie – de celui qui lui ressemble mais qu’il vaut mieux laisser de côté sous peine d’indigestion. Pas facile de cerner toutes les nuances sans une clé de détermination. Alors je lis, j’échange, je me forme et je vous partage ici un peu du contenu de ma cueillette numérique responsable d’automne.

Le livre du moment : La sobriété numérique, les clés pour agir

Frédéric Bordage anime depuis plus de quinze ans la communauté Green-IT. Expert français de la sobriété numérique, ses sujets de prédilection sont la low-tech et l’écoconception.
Dans ce livre, il questionne le potentiel du numérique à devenir un outil de résilience. Après une première partie « les mots pour comprendre » abordant entre autres les notions d’accessibilité numérique, de conception responsable des services numériques, d’illectronisme et de communs numériques, la deuxième partie met en avant les « bonnes pratiques » que nous pouvons collectivement appliquer pour un numérique plus sobre et nous transmet ici les clés pour agir.
Ce livre étant en cours de lecture, je lui consacrerai prochainement un article.

Des outils pour grandir : Métacartes Numérique Éthique

Mélanie Lacayrouze et Lilian Ricaud sont animés par l’envie de participer à l’émergence de nouveaux modèles basés sur les communs et la coopération ouverte. Depuis plusieurs années, ils développent des outils pédagogiques qui redonnent du pouvoir d’agir et du sens à nos actions. Dans ce cadre, ils ont créé l’outil Métacartes Numérique Éthique pour «  aider les individus et les collectifs à sensibiliser aux questions des libertés de la surveillance, les faire réfléchir à leurs pratiques et leur proposer des alternatives respectueuses des usagers ».

À quoi ça ressemble ? À un jeu de cartes à utiliser dans le cadre d’un atelier de sensibilisation ou à arpenter seul. Il comporte plusieurs familles thématiques afin d’aborder les différentes dimensions concernées par le numérique. A chaque carte sont associées des ressources en ligne qui permettent d’approfondir les notions.

En accord avec les valeurs des créateurs du jeu, le projet est contributif et les cartes sont accessibles et réutilisables sous licence libre CC-BY-SA. Le jeu est encore en développement et vous pouvez soutenir le projet de plusieurs manières : en faisant connaître le projet, en testant les premières cartes et en faisant vos retours, en participant au sprint d’écriture ou en pré-commandant le jeu sur la boutique en ligne (ce que j’ai fait =D).

L’idée du jeu et les valeurs véhiculées par sa conception sont très porteuses et prometteuses. J’espère avoir prochainement l’occasion de vous faire découvrir cette initiative d’un peu plus près.

Le MOOC INR

L’Institut du Numérique Responsable (INR) a lancé son premier MOOC sur la plateforme dédiée : https://www.academie-nr.org/#mooc-nr.

Accessible gratuitement, ce MOOC permet de s’informer et de se former aux enjeux et bonnes pratiques du Numérique Responsable. D’une durée de trente minutes, la version courte du MOOC permet une sensibilisation au sujet, tandis que la version longue comporte quatorze modules et représente l’équivalent de 2 jours de formation. En couplant vidéos courtes, infographies, miniquizz et chiffres clés, ce MOOC rend abordable aux non-initiés une culture générale sur le sujet. Il offre les avantages du MOOC, à savoir pouvoir suivre les enseignements à son rythme depuis chez soi.
Une continuité pédagogique intéressante pour qui souhaite intégrer les fondamentaux et réaliser ses premières actions vers le numérique responsable.

Ça bouge sur Toulouse : le collectif Good-IT

Preuve que le sujet du numérique responsable prend de l’ampleur, le collectif Good-IT « collectif pour un Numérique Responsable à Toulouse et pays de Cocagne » a officialisé sa création cet automne. Le but ? Réunir et connecter les acteurs de différents horizons pour mieux partager les ressources et les savoirs dans ce domaine, mais aussi permettre l’animation d’ateliers et de sessions de formation pour développer de nouvelles pratiques collectives. Une dynamique qui devrait prendre de l’ampleur et dont je parlerai très prochainement.
Rendez-vous au premier webinaire mardi 10 novembre à 11h « Que reste-t-il de la promesse initiale du web ? » .

De lecture en jeu de cartes en passant par les rencontres, ma cueillette d’automne me permet de dessiner progressivement une clé de détermination des bonnes pratiques du numérique responsable. Si ces outils représentent de réels atouts, c’est aussi par la multiplication des échanges et les synergies qui se créent que nous développerons une culture collective du numérique responsable et des pratiques associées. En ce sens, les animations que permettront le jeu Métacartes Numérique Éthique et les rencontres qui naîtront du collectif Good-IT sont des signaux encourageants pour les acteurs de l’Occitanie !

A très bientôt ! 🍂🍁

Élise –

Premiers pas vers le numérique responsable

Cela fait trois ans que je suis rédactrice. Depuis plusieurs mois, une idée a germé : celle de faire évoluer ma démarche professionnelle par les outils numériques que j’utilise au quotidien.

N’ayant pas d’affinité particulière avec l’informatique, j’ai profité de la création de mon site internet pour approfondir mes connaissances en numérique responsable. Cet article retrace mon expérience pour les néophytes qui, comme moi, s’interrogent sur les impacts numériques de leurs outils de tous les jours. C’est avec plaisir que je reviens ici sur  la conception de mon site, pensé pour être sobre, responsable, consommer le moins de ressources et être le plus éthique possible… Rien que ça !
Dans cet article je partage les notions glanées au fil de mes interrogations, mais aussi mon envie d’échanger sur ces sujets avec vous qui parcourez ces lignes. D’ici là, je vous souhaite une bonne lecture !

1 – Quel(s) outil(s) pour créer et gérer mon site ?

Deux catégories d’outils permettent de créer un site web. D’un côté les éditeurs de site en ligne, de l’autre les systèmes de gestion de contenu. Les éditeurs de site en ligne sont des solutions tout-en-un comprenant l’ensemble des fonctions nécessaires pour créer un site de A à Z. En d’autres termes, une seule interface permet de déposer un nom de domaine, de créer son site, de l’héberger et d’en effectuer la maintenance. La deuxième option consiste à choisir séparément un système de gestion de contenu (ce à partir de quoi vous créez votre site) et une plateforme d’hébergement (où se trouve physiquement votre site). Dans ce cas, une fois le système de gestion de contenu installé chez l’hébergeur de votre choix, et votre nom de domaine enregistré, vous pouvez vous lancer dans la création de votre site.

La première option a l’avantage de la facilité pour un.e débutant.e. J’avais d’ailleurs tenté une première version de mon site avec Wix, avant de me rendre compte que l’information concernant les serveurs sur lesquels sont hébergés les sites n’était pas transparente. En effet, la seule information trouvée sur leur site mentionne que “ Wix possède des serveurs partout dans le monde, en Europe et aux États-Unis inclus ».

Les questions que je me suis posées à cette étape :

  • Où sont localisées mes données ?
  • Si je souhaite faire évoluer mon site par le travail d’un web designer et/ou d’un développeur est-ce possible ? Autrement dit, le code est-il accessible ? Encore autrement dit : s’agit-il d’un logiciel propriétaire ou libre ?

Mon choix

J’avais envie que mon site soit à minima hébergé en France et d’utiliser des services offrant davantage de transparence. Par ailleurs, de part la démarche que j’ai engagée, mes réflexions vont être amenées à évoluer ce qui aura probablement une incidence sur mes choix d’outils numériques. Je souhaitais donc créer un site flexible : avoir la possibilité de choisir mon hébergement, d’en changer, ou encore de faire évoluer son design en testant des démarches d’éco-conception avec des webdesigners. Ce premier pas m’a permis de mieux définir mes besoins pour au final m’orienter vers la deuxième solution.
Prochaine étape : quel hébergeur choisir et quel système de gestion de contenu associer ?

La notion glanée : le logiciel libre

Un logiciel libre est un logiciel que vous pouvez utiliser comme vous l’entendez, distribuer à qui vous voulez et dont le code source peut être étudié, modifié et partager. Le Libre est surtout un écosystème d’organisations militantes en faveur d’un Internet différent, plus ouvert, plus sain, plus transparent. À l’inverse, utiliser des outils propriétaires (ou privateurs) et peu respectueux de nos intimités numériques, c’est accepter une économie où quelques monopoles accaparent les ressources et dictent les usages.

Source : Réseaux éthiques et solutions ouvertes pour libérer vos usages, Framasoft, 15/06/2020

2 – Comment choisir un hébergeur ?

Pour un site simple comme le mien, il existe beaucoup de solutions qui peuvent répondre à mes besoins pour moins de 10 € par mois. Après quelques recherches j’ai identifié un ensemble de questions clés qui m’ont permis d’aiguiller mon choix.

Les questions que je me suis posées à cette étape :

Localisation et souveraineté numérique
Où sont localisés les serveurs ? Comment sont sécurisées mes informations quant à la gestion des données confiées à l’hébergeur ? Mon hébergeur contribue-t-il à l’emploi local ?

Gouvernance et prises de décisions
Quel est le statut de l’hébergeur (coopérative, entreprise, association) ? Les usagers peuvent-ils prendre part aux prises de décisions ?

Environnement
L’impact environnemental de mon hébergement est-il pris en compte ? Si oui, comment ? Existe-t-il une démarche environnementale dans la gestion de l’alimentation des serveurs et leur refroidissement ?

En m’appuyant sur cette liste de questions, j’ai identifié trois hébergeurs qui ont chacun des points forts intéressants en fonction des critères. J’aurais adoré trouver un hébergement qui combine les points forts des hébergeurs : Ohm, Infomaniak et Ouvaton.

Ohm est une coopérative dont les serveurs sont hébergés en France. L’interface est très ergonomique et leurs logiciels 100% open source et alternatifs. Les serveurs sont hébergés par une filiale de la maison-mère du groupe Free.

Infomaniak est intéressant pour ses engagements écologiques et plus globalement sa démarche RSE (compensation carbone, énergie renouvelable, achat responsable, gestion des déchets électroniques, etc.). Cet hébergeur a d’ailleurs la préférence d’associations environnementales bien connues telles que WWF, la Fondation Nicolas Hulot, Green Peace et bien d’autres. Leurs serveurs se trouvent en Suisse. 

Ouvaton est aussi une coopérative française. Elle dispose de ses propres serveurs et propose quasiment 100% de logiciel open source. Elle a initié une démarche pour faire partie des CHATONS (Collectifs des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires).

Mon choix

En comparant ces trois hébergeurs, j’ai observé des positionnements différents vis-à-vis des enjeux que génèrent l’hébergement. Chacun avec leurs avantages. Et si j’avais pu choisir un mixte des trois je l’aurais fait. Finalement, le choix de l’hébergeur Ouvaton a été motivé par le fait d’être un coopérative disposant de ses propres serveurs et engagés dans la démarche des CHATONS. J’y ai installé un WordPress, un système de gestion de contenus libre soutenu par une vaste communauté de développeurs.

La notion glanée : la souveraineté numérique


Cette notion concerne la régulation du cyberespace et la protection des données personnelles. Elle a pour but de préserver l’indépendance technologique d’un état vis-à-vis des géants du numérique en encourageant l’installation d’infrastructures sur le territoire national soumises à la règlementation du pays concerné.

3 – À quoi ressemblera mon site ? La question du thème et de l’esthétique

C’est ici que la dimension environnementale a été la plus prise en compte de mon côté en essayant d’avoir les pages les plus légères possibles sans sacrifier au confort de lecture. J’ai trouvé d’excellentes ressources grâce à l’article de blog de Gautier Roussilhe. En parcourant cet article très documenté, j’y ai découvert le thème WordPress Susty, développé par Jack Lenox pour répondre à des préoccupations environnementales. Ce thème permet de créer des pages web qui descendent jusqu’à 7 Ko, un site web pesant en moyenne 2300 Ko pour le poids d’un site web

En partant de Susty donc, et avec les conseils avisés de Gauthier Roussilhe, j’ai veillé à concevoir mes pages sans les alourdir inutilement. Mes efforts se sont essentiellement portés sur trois points :

La police

J’ai fait le choix de conserver les polices par défaut, qui ont l’avantage d’être prises en compte dans la plupart des navigateurs. Les navigateurs n’ayant pas besoin de charger de police spécifique, cela réduit le temps de chargement des pages et consomme moins d’énergie.

Les images

Comme vous pouvez le constater en naviguant sur mon site, j’ai priorisé le fait de mettre peu d’images. Ce choix est facilité par la nature de mon métier de rédactrice : pas de portfolio de photos ou de visuels à montrer pour partager mon travail. J’ai donc pris le parti d’essayer de rendre mon site agréable en évitant autant que possible l’insertion d’image.

Pour mon logo j’ai compressé l’image avec le logiciel FileOptimizer. Elle est passée de 11,2 Ko à 5,5 Ko. La qualité de l’image ainsi obtenue ne diffère pas significativement pour celui qui l’observe, bien que son poids ait été divisé par deux.

La photo présente dans ma page « À propos » a été traitée avec les paramètres conseillés par Gauthier Roussilhe, elle est passée de 9 Mo à 56,9 Ko. Ici, le traitement permet de diminuer 162 fois le poids initial de l’image, mais cette fois-ci cela impacte le rendu final de la photo.

La mise en page

J’ai ajouté le plugin Elementor à mon WordPress afin de modifier plus facilement ma page d’accueil sans passer par le code que je ne maîtrise pas. Ce constructeur de page ou page builder a alourdi considérablement la page en y ajoutant du code. Par exemple ma page d’accueil fait 287 Ko alors que les autres pages réalisées avec l’éditeur WordPress font entre 15 et 20 Ko. Au début, j’avais utilisé Elementor pour chacune des pages. En comparant le poids des pages avec l’outil Ecoindex, je me suis rendu compte que chacune d’elle pesait plus de 100 Ko pour une mise en page qui restait relativement simple. Dans le cadre de ma démarche, j’ai jugé que la différence de résultat n’était pas suffisamment intéressante pour multiplier leur poids par 10.
À en juger par d’autres sites éco-conçus tels que Pikselkraft, il est tout à fait possible de développer et designer de bien jolis sites tout en restant sur des tailles raisonnables. Ne disposant pas de telles compétences, j’ai pris le parti d’assumer et de m’amuser de ce look minimaliste. La référence dans cette démarche jusqu’au-boutiste étant le site internet du Low-tech magazine.

La notion glanée : les principales sources d’impacts du numérique

– la fabrication des appareils concentre en effet de 36 à 87 % des impacts environnementaux (selon l’indicateur observé) ;

– les centres informatiques (data centers) de 4 à 15 % des impacts ;

– les réseaux sont quant à eux responsables de 5 à 21 % de notre empreinte numérique.

Source : Quels sont les impacts environnementaux du numérique en France ?, Green IT, 23/06/2020

Ce que je retiens de cette expérience

Les informations partagées dans cet article mettent en lumière une infime partie des questions soulevées par l’usage du numérique et son développement.

Cette démarche n’est qu’un début et que je compte bien affiner mes connaissances pour éclairer mes choix et les faire correspondre à mes attentes et à celles de mes clients.

Ce que je retiens :

  • bien que j’utilise depuis des années un ordinateur et un téléphone portable, ma culture numérique est quasi nulle. Aujourd’hui je ressens l’importance de me réapproprier ma vie numérique ;
  • il existe déjà des projets et collectifs qui questionnent et proposent un autre numérique. Je peux citer par exemple la démarche collective initiée par Fing et leur cahier RESET (qui interroge le numérique que nous souhaitons pour demain et propose des pistes d’action), l’Institut du Numérique Responsable, Green-It ou encore le collectif Hérétique.

Et après ?

J’aime mon métier et je souhaite que les outils que j’utilise soutiennent les messages pour lesquels je travaille. Dans ce but je vais continuer à partager sur ce blog les pratiques numériques que je mets progressivement en place (messagerie, outils collaboratifs, gestion des données, etc.).
N’hésitez pas à venir commenter et partager vos expériences, vos ressources, mais aussi vos questionnements. Tout apport sera le bienvenu pour continuer de faire évoluer nos pratiques numériques ensemble.

Au plaisir de vous lire,

Elise